György Ligeti n'est plus, l'Humanité en deuil ...

Publié le par Mr Twils

 

 

 

György Ligeti n'est plus, l'Humanité en deuil ...

Je viens d'apprendre la disparition du compositeur autrichien György Ligeti. Vous dire à quel point je suis ému pourrait vous étonner ... Ligeti était pour moi le plus grand compositeur classique vivant, celui qui me touchait le plus profondément ... La finesse de ses compositions, son intelligence analytique hors du commun et surtout, surtout ses qualités d'homme honnête et terriblement courageux sous les régimes nazis puis communistes ... Je l'ai découvert, comme beaucoup, dans Lux aeterna, utilisé par Stanley Kubrick pour son célèbre 2001, l'Odyssée de l'Espace; Depuis, il ne me quitte jamais. On a souvent cette réflexion à la fois puéril et intéressante : Si je pars sur une île déserte, qu'est ce que j'emporte ? Dans la catégorie Musique Classique, je vous dirais simplement ce qui me suis à chacun de mes voyages : Bach, Mozart, Beethoven, Brahms, Ravel, Bartok, Ligeti. Ligeti était le seul contemporain de ce merveilleux Septuor ... Il faudra du temps avant d'accepter la disparition d'un si grand Homme.

 

 

 Des siècles de beauté sur le dos

Par Jacques Drillon pour Le Nouvel Observateur 



RIEN ne va comme on veut. György Ligeti n’a jamais pu aller tout droit, ni contre le vent ; alors il a fait comme les marins : il a tiré des bords. Auschwitz lui a pris son père et son frère ; en Transylvanie, où il est né en 1923, il ne pouvait pas enseigner parce que juif ; plus tard, aux Etats-Unis il ne pourra pas non plus, faute de doctorat. Quand il a voulu apprendre son métier avec Bartók, pur entre les purs, il est parti à pied pour Budapest en 1945. Le maître n’y était plus depuis longtemps, et d’ailleurs il venait de mourir : Bartók était capable de tout, même de cela, mourir.
Il y a un film qui montre Ligeti à la recherche d'un mot, d’un mot qu’il ne trouvera pas : celui qui définirait le rapport entre la mathématique, pour laquelle il a beaucoup de goût, et la musique, pour laquelle il ne manque pas de talent… Serait-ce "calcul" ? Non, calcul ne va pas. Bach ne calculait pas. Serait-ce "construction" ? Mieux, mais pas entièrement vrai. "Modèle" ? Toujours pas. Celui qu’il adopte, faute de mieux, c’est "intelligence". Il parle de la "beauté de ce qui est réussi".
 

 



Il évoque les fractales, le polygone à nombre infini de côtés, et qui s’appelle un cercle, il cherche ce mot qui ne vient pas, et qui est bien le cœur de la question. La solution de sa musique, à la fois inspirée, ludique, et… calculée. Non, pas calculée. Intelligente ? Faute de mieux… Belle, parce qu’entièrement réussie ? On y est presque… Mais ce n’est pas encore cela. On ne trouvera jamais. La musique est musicale, voilà ce qu’on peut dire.
Tout résiste au civilisé. Et Ligeti incarnait toute une civilisation, il avait des siècles de beauté sur le dos. "A chacun sa chimère", dit Baudelaire. Il a fallu secouer cela. Ce furent les belles années de dissidence, l’amitié avec les autres, Boulez, Stockhausen, Berio, et surtout Kurtag, qui était venu le même jour que lui suivre les cours de Bartók mort, et qui avait pris Ligeti pour un étudiant en théologie.
Donc Ligeti, après l’avoir célébré, a détruit le passé.
Ecrivant une musique entièrement libre, affranchie de tous les paramètres qui la réglaient jusqu’alors : mélodie, rythme… Il organise des superpositions vertigineuses, jusqu’à cette pyramide de cent métronomes, cliquant chacun à sa vitesse, trouvant et quittant des phases comme des cloches d’église qui ne battent pas au même tempo. Mais il se savait un maillon de la chaîne, et n’ignorait pas qu’il le serait le passé à son tour. Il s’est donc inscrit volontairement dans une évolution : celle de l’opéra, de la musique d’orchestre. Tous les genres, il les a pratiqués. L’électronique, le "folklorique" et le reste. Il a inventé le statisme, et Kubrick s’en est souvenu dans "2001 Odyssée de l’espace", mais plus tard, dans ses études pour piano, par exemple, il a poussé la complexité rythmique, le mouvement frénétique jusque dans leurs retranchements les plus inaccessibles. Quelle cerveau il faut avoir pour les jouer ! Et quels doigts ! Lui-même disait : "Je suis très rigoureux, précis, et même pédant." Faux, bien entendu. Pédant, Ligeti ! Le certain est qu’il vomissait le pathos, la facilité, la mollesse. Il avouait : "Moi, je tiens pour l’ironie." Dans ce qu’elle a d’impitoyable et d’élégant. Et ajoutait : "Mon écrivain favori, dans la littérature française, c’est Stendhal, et de très loin." Tout l’intéressait, la musique africaine, le Moyen-Âge. Sa liberté et son imagination en ont fait l’un des plus grands compositeurs du XXe siècle. Et voilà qu’il est mort. Shakespeare dit : "Dieu tue par plaisir."

 

Le jeux Halo 2 sur une musique de György Ligeti

 

 

György Ligeti : Poème symphonique pour 100 Métronomes.

 

 

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Mister Twils 13/06/2006 15:47

Lux aeterna : Lumière de l'éternité ... Merci de ta judicieuse remarque Dadoo !!
Espérons également que son oeuvre, bien que déjà célèbre, le deviendra d'avantage ... elle est de celle qui nous rend meilleurs. J'espère également que, pour une fois, nos media accorderont à Gyorgy Ligeti la place qu'il mérite à la une aujourd'hui, c'est à dire la première ... Je suis malheureusement septique (Foot oblige ... entre autres !!) 
To Be Zen ;) C'est Cool d'ecire à un admirateur de Ligeti :)) Merci !!

Dadoo 13/06/2006 15:31

Des gens comme lui manquent toujours à l'humanité quand ils s'en vont...
il ne reste plus que le silence comme hommage à sa vie, sa plus longue oeuvre surement...