Bonobos : Si loin, si proches ...

Publié le par Mr Twils

 

Magazine. “Ushuaïa nature” : “Retour vers la planète des singes”.

MERCREDI - TF 1 - 20.50 

 

 

Bonobos : Si loin, si proches ...

Debout, le bras levé, savonné de la tête aux pieds, le petit bonobo proteste un brin, comme un enfant dont les yeux piquent, mais supporte néanmoins ce lavage à grande eau. Bien vite, le singe se blottit dans le giron de sa nounou congolaise. Son regard, humide d’amour, planté dans celui de la jeune femme. Sa mère naturelle est probablement morte, sa chair vendue comme « viande de brousse » sur un étal. Les braconniers ne tuent pas les petits. Avec leur visage plat et leurs membres déliés, ils ressemblent trop aux enfants. Les jeunes bonobos font plutôt office de peluches vivantes, exportées illégalement. Comme cette femelle de 2 ans, retrouvée à Roissy en décembre dernier. Recroquevillée au fond du sac d’un touriste russe, elle était très affaiblie. Elle a, depuis, été rapatriée dans son pays d’origine. Privés des soins maternels, ces singes se laissent mourir. Dans le parc de Lola ya bonobo, en République démocratique du Congo, des femmes, mères de substitution, câlinent donc ces attendrissants petits, et grondent ou réconfortent les plus grands. Scènes étonnantes, dignes d’un mercredi au jardin public. Fait rarissime, un bonobo est né en captivité. Sa jeune mère, privée de modèle maternel, était désarmée face à ce fragile rejeton. Une maman a donc allaité son bébé devant elle, et la femelle a fait de même.

Troublant mimétisme entre l’être le plus savant et son étonnant cousin d’évolution. Comme l’homme, le chimpanzé et le gorille, le bonobo appartient à la famille des hominidés (hominidae). Mais notre plus proche parent n’est pas classé dans le genre homo, comme le réclament certains zoologistes. Le bonobo, découvert en 1929, a longtemps été identifié comme un chimpanzé pygmée. Il forme pourtant une espèce animale à part entière, avec ses longues jambes, sa face noire, ses lèvres rouges, ses petites oreilles collées sur le crâne, sa raie au milieu et ses favoris, qu’il épile parfois. Coquetterie de don Juan ? Peut-être car ce luron est surtout connu pour son art de la gaudriole, et le parc de Kinshasa ressemble à un lupanar à ciel ouvert. Adepte du french kiss et, outre bien des fantaisies, de la position du missionnaire, le bonobo apaise les tensions par quelques caresses ou rapides coïts, avec des individus des deux sexes. Dans cette communauté matriarcale, seul l’inceste est tabou. L’acte sexuel n’a aucune visée reproductive puisque les femelles n’ont un petit que tous les cinq ans.

Ces primates, qui passent 20 % de leur temps dressés sur leurs pattes arrière, nous ressembleraient-ils ? Peut-être partagent-ils l’idéal Peace and Love de quelques soixante-huitards, minoritaires. Mais l’homme aime la guerre autant que l’amour. Un comportement typique du chimpanzé, bien plus agressif. Les primatologues les étudient depuis quarante ans. Les théories sur l’attitude de nos ancêtres s’appuient sur cette observation. Souvent, l’homme pense donc que sa nature est violente, et sa culture policée. Les bonobos partagent pourtant nos qualités d’empathie et notre besoin de nous entendre. Ces qualités humaines sont donc très animales. Nous possédons en fait des traits de ces deux cousins : (presque) tous les hommes sont, comme les bonobos, des as de la communication, et, comme les chimpanzés, d’habiles bricoleurs. Ces derniers fabriquent une trentaine d’outils : des cannes pour pêcher des algues, de fines baguettes pour extraire fourmis et thermites, des éponges en feuilles mâchées pour boire. Ils manient surtout le marteau et l’enclume pour ouvrir des noix. Caler la pierre plate, faire tenir la petite sphère, la frapper de façon mesurée : c’est en forgeant qu’on devient forgeron, et il faut deux années au jeune primate pour maîtriser cet art dont la technique varie selon les clans. Certains ne parviendront jamais à intégrer cette culture.

Dans cette pharmacie géante qu’est la jungle gabonaise, un gorille des plaines se soigne. Les grands singes ont recours à l’automédication. Ils ingèrent parfois des plantes amères, un goût qu’ils fuient d’ordinaire. Les mêmes végétaux qu’utilisent les guérisseurs des villages voisins, comme pansements gastriques, antipaludéens ou antibiotiques. Et c’est bien à l’abri de leurs nids de feuille que tous ces primates passent la nuit. Protégés des prédateurs, ils dorment d’un sommeil de plomb, prélude au sommeil du juste. Car ce repos réparateur aurait permis au cerveau préhumain de se développer. Celui des chimpanzés, des bonobos et des gorilles, très menacés d’extinction, en aura-t-il le temps ?

Cécile Deffontaines pour le TV OBS

Publié dans Cinema - TV

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