Proche-Orient.info : Grosse Déprime ...

Publié le par Mr Twils

 

 

 

Qui nous informera demain de ce qui se passera vraiment au Proche-Orient ?

 

L'AFP ? AP ? Reuters ?

Qui dénoncera en live les propos intolérable d'un Dieudonné en roue libre ? Les éclats de haine de chaînes T.V tel Al Mannar ? Des dérives racistes d'une certaines presse en France ? Les dérives sectaires de certains parties politiques ...

Un media d'une tel importance qui disparaît, c'est une zone très sombre pour le futur de la presse médiatique francophone.

On les entends déjà, ceux qui vont applaudir à la mort de la bête assassinée ... Il est vrai qu'ils n'auront plus de contradicteur pour leur propagande facile ... ni même une certaine peur du gendarme !! Au royaume des borgnes ...

Ne leur accordons pas plus de crédit qu'ils n'en méritent et laissons le mot de la fin aux acteurs  de ce journal que, croyez moi,  nous n'oublierons jamais ...  Extraits :

 

 

DANIEL HAÏK
Rédacteur en chef de la revue de presse israélienne

 

POI a été pour moi un phare, une lueur d’espoir et d’intégrité professionnelle dans un océan médiatique qui s’est acharné, au cours des quatre dernières années d’Intifada, à biaiser l’information en provenance d’Israël. Alors que les rédactions françaises se déchaînaient contre Sharon et prenaient fait et cause pour la cause palestinienne, Proche Orient.info a délibérément choisi, pour informer, d’emprunter la voie plus complexe, plus profonde mais ô combien plus honnête de la nuance. Cette nuance, clé indispensable de la compréhension du conflit proche-oriental, qui permet à la fois de cautionner certains aspects de la politique d’Ariel Sharon ou d’Abou Maazen, tout en en critiquant d’autres, cette nuance, parfois mal comprise, qui consiste à cautionner la lutte anti-terroriste menée par Israël tout en s’élevant contre certaines bavures qui en découlent. Récemment, l’un de ces experts en critiques gratuites, m’a abordé : « POI, c’est sympa mais ça veut faire plaisir à tout le monde », m’a-t-il dit.

Erreur, POI n’a voulu faire plaisir à personne. POI a voulu informer et expliquer que ceux qui perçoivent la réalité proche-orientale en termes absolus d’occupant/occupé, et de tout blanc/tout noir sont dans l’erreur, ou se contentent d’une solution de facilité. POI s’adressait donc aux gens de bonne volonté (d’où peut-être l’explication à son arrêt prématuré), ceux qui se préoccupent réellement de l’avenir du Proche-Orient et qui auraient tendance à s’égarer parfois dans le labyrinthe de la paix.

Sans POI, sans les éditos, les analyses, les commentaires, les dossiers, les revues de presse (près de 800 en trois ans, pour la seule presse israélienne !), la presse française de ces trois dernières années aurait sombré dans la dangereuse pensée unique, à propos du Proche-Orient.

[...] Dommage, chères Elisabeth et Nicole, que le paysage médiatique français (et même israélien) ne compte pas plus de gens comme vous pour redorer le blason terni de notre profession.

...Aujourd’hui, le phare de Proche-Orient.info s’éteint, mais la lueur d’espoir demeure, espoir de nous retrouver, un jour proche pour relever un nouveau défi dans le monde si turbulent de la presse, et pour reprendre une nouvelle aventure d’information aussi exaltante que celle qui prend aujourd’hui fin.

 

 

MICKAEL BENDAVID
Webmaster de Proche-Orient.info

 

[...] Mais plus que le sens de la responsabilité, Proche-Orient.info a éveillé ma conscience politique. Je sais désormais qu’un tel média représente bien plus que le simple labeur d’une minuscule équipe acharnée au travail pour publier un journal. C’est une voix alternative qui permet d’exprimer des choses très différentes de ce qu’on a l’habitude de lire dans les autres médias. Un combat mené contre l’obscurantisme et contre les contre régressions sociétales ou politiques.

 

 

MARWAN HADDAD
Journaliste


   Je ne sortirai pas de l'anonymat. Pas encore. C'est dommage : durant trois ans, trois ans de dictature, de pressions, trois ans de mise à mal de travail journalistique, Proche-Orient.info m'avait permis de recommencer enfin à exercer mon vrai métier, celui de témoin.
J'arrivais, avec le Liban, au bout du tunnel. J'entrevoyais la lumière de la liberté. J'espérais lever enfin le masque. C'est raté. Ou reporté ?
Trois ans de combat pour débusquer l'information, la transmettre, la faire connaître, il m'est parfois arrivé de vouloirbaisser les bras. C'était alors les coups de fil intempestifs de Nicole, d'Elisabeth. Les "patronnes". L'ordre claqué : "raconte, on compte sur toi". Je maugréais, je soupirais, je travaillais. Et puis les "patronnes" me racontaient : mes articles avaient parfois fait réagir l'Elysée, le Conseil de l'Europe. Proche-Orient.info était lu, j'étais entendue. Ai-je modestement contribué à sortir le Liban du tunnel ? Patronnes, vous attendez ces quelques lignes. Moi, j'attends votre coup de fil. La voix de Nicole, ou celle d'Elisabeth. Alors me demanderont-elle.
Patronnes, vous me manquez déjà.

 

 

CHAWKI FREÏHA
Rédacteur en chef de la revue de presse arabe


  [...] Ce 29 juin 2005, et après près de deux ans d’une vie de famille au sein de Proche-Orient.info, et d’une intense collaboration avec toute l’équipe, le coup de massue. Un séisme d’une forte magnitude, impossible à quantifier. Les échelles établies par l’homme ne sont pas en mesure de capter l’intensité de la déchirure.

[...] Quand on m’a annoncé la fermeture de notre bijou, Proche-Orient.info, j’ai fermé les yeux et j’ai projeté sur mes paupières le film des moments les plus excitants de son existence. Ce fut sans conteste ces nuits blanches passées devant un écran, à feuilleter en ligne la presse du lendemain, à chercher une info croustillante, un fait-divers, un dérapage de Dieudonné à Alger, ou une prise d’otage d’un journaliste français à Bagdad, commanditée par Damas… Ces nuits blanches à parcourir les sites islamistes, à dénicher une fatwa, une fuite, un scandale ou un coupon de Saddam… Ces longues heures passées au téléphone depuis le Koweït, où je passe l’essentiel de mon temps, avec la rédaction à Paris, ou avec les chers collaborateurs et amis, Eli Gerson à Strasbourg, ou Marc Tobiass en Israël, ou Khaled Asmar à Beyrouth pour recouper une information excitante, ou s’enquérir des uns et des autres après un attentat… Comment ne pas y penser alors qu’une partie de nous-mêmes y est greffée ?


 

ÉLI GERSON
Rédacteur en chef des revues de presse française et francophone


   C'était une chance de pouvoir être au démarrage de Proche-Orient.info, un journal indispensable pour comprendre un Orient si compliqué. Il y a plus de quatre ans, regardant une des émissions "Ripostes" de Serge Moati sur le conflit israélo-palestinien à laquelle Elisabeth Schemla était invitée, je m'étais dit "cette femme a tout compris!". Levantin que je suis, habitué à faire le grand écart entre l'Orient et l'Occident, pour une fois, j'étais soulagé de voir quelqu'un si bien parler de la complexité du Moyen-Orient, de ses religions et surtout de l'islam politique.

   Après l'arrêt brutal du périodique bi-hebdomadaire dont je faisais partie à Istanbul, j'avais pris le chemin de l'exil vers la fin des années 70. Une fois en France, le Moyen-Orient gardait toute son importance. Et faire partie de l'équipe de Proche-Orient.info, c'était pour moi un aboutissement : enfin le moyen de dire, d'expliquer cette région et son actualité en constante ébullition.

 

Publié dans Coup de gueule

Commenter cet article

David 05/07/2005 12:15

"Avec PO on se sentait moins seul." Moi aussi !! Je suis sûr qu'une autre experience de ce genre sera tenté ... mais quand ? Et avec quel moyen ? Vraiment, c'est la grosse deprime !! PS : Bravo pour ton site, il est magnifique !!

Michel Lévy 04/07/2005 17:22

Je suis effondré de la fin de PO Info, je ne vois pas qui peut les remplacer, il n'y a que la MENA qui a un peu le même esprit, même s'ils se sont disputés comme des chiffoniers. On manque d'informateurs pugnaces avec surffisamment d'esprit de liberté pour lutter contre tous les intégrismes et pour essayer de réunir les gens de bonnes volontés de toutes religions et races. Avec PO on se ssentait moins seul.